Vous vous êtes déjà demandé pourquoi les profs rentraient un jour avant les élèves ? Vous pensiez que c'était pour parler pédagogie ? Préparez le Baygon jaune, le mythe va tomber (les mites aussi).
Pour vous, en exclusivité, voici les coulisses de la pré-rentrée.

9h00 Le pot d’accueil est prêt, c’est un joyeux bordel dans le hall d’entrée qui se partage en deux groupes : les anciens qui se racontent leurs vacances et se bisent à tout-va et les nouveaux qui tiennent leur gobelet de café à deux mains en font semblant d’admirer la déco. Tout le monde il est beau, tout le monde il est bronzé.
9h25 Allez allez les collègues, on avait dit 9h ! Quand faut y aller, faut y aller,  dit le principal d’un ton jouasse pour rassembler ses troupes dans la salle de réunion dont le volume sonore atteint celui d’un hall de gare un jour de départ en vacances.

9h32 Le fait que le principal ait pris la parole depuis quelques minutes, surtout pour parler d’un sujet aussi rébarbatif que le projet d’établissement de l’année à venir, ne facilite pas la tâche de certains collègues qui sont obligés de monter d’un ton pour se faire entendre ; avouez que c’est pénible. Sébastien met de l’ambiance en racontant ses vacances au Cap d’Agde. Tout le monde rigole, sauf la nouvelle collègue d’allemand qui tient toujours son gobelet à deux mains, comme si c’était le Graal.
9h47 Allons allons les collègues, vous vous plaignez des élèves, mais vous êtes pires qu’eux ! dit le principal, ce petit plaisantin.
10h14 Le principal, qui n’a visiblement pas eu le temps d’apprendre à placer sa voix pendant sa seule année d’enseignement il y a 25 ans, présente son équipe pédagogique ; chaque enseignant se lève quand il entend son nom, et dit une petite phrase pour se présenter : l’occasion pour les nouveaux d’essayer de repérer leurs futurs collègues, et pour les anciens de voir la nouvelle prof d’allemand renverser son café sur sa robe ; en effet, au moment de se lever, elle n’a pas voulu lâcher son gobelet, son sac à main a glissé de ses genoux, et en voulant le rattraper, voilà ce qui est arrivé.
10h42 Le principal est en train de crier le programme de l’après-midi quand tout à coup, plus un bruit. Silence absolu. Arrêt sur image.
La secrétaire vient d’entrer dans la salle de réunion les bras chargés de pochettes cartonnées contenant l’emploi du temps de chaque collègue. Prévoyante, elle s’éclipse par l’issue de secours.
10h43 À partir de là, tout va très vite. Une horde de profs se jette littéralement sur la table pour tenter d’attraper SA pochette. Il y a des blessés. C’est Claudine qui crie la première : J’en étais sûre, c’est encore Viviane qui a eu son vendredi. Francis maugrée : Toujours moi qui me tape les 3ème. Inès chiale : Je fais comment moi, en habitant à 45 kms, pour arriver à 8h tous les matins ? Pascaline la console : Te plains pas, moi, je viens presque tous les après-midi, les élèves sont encore plus pénibles. Sébastien met l’ambiance : Nous on s’en fout, on a fait le planning d’EPS au mois de juin, en plus, on n’a même pas de copies, vous vous êtes trompés de matière les gars ! Ceux qui riaient en écoutant le récit de ses vacances au Cap d’Agde tout à l’heure le fusillent du regard. Richard et Stéphane improvisent un stand de trocs d’heures d’emploi du temps : Si tu prends la 5ème 4 le vendredi en dernière heure et que je prends ta 3ème 2 pendant mon heure de trou le mardi matin, en échangeant avec Martine, je pourrais peut-être terminer le vendredi à 14h. Bon, toi, ça te fait venir plus tôt le lundi, mais de toutes façons, tu habites à côté du collège, alors c’est pas bien gênant, hein.
12h17 Le buffet du déjeuner est prêt, c’est un joyeux bordel dans le hall d’entrée qui se partage en deux groupes : les anciens qui ont rejoint le stand de troc d’heures et les nouveaux qui sont partis à l’intendance chercher leur clé de salle et leur code de photocopieuse. Quant à Claudine, Inès et Pascaline, elles sont parties s’enfermer dans les toilettes pour pleurer.
Tout le monde il est énervé, tout le monde il est fatigué.

C’est quand les prochaines vacances, déjà ?

Envoyé spécial