Après quelques années à naviguer de bahut en bahut dans les Yvelines, le verdict tombe : poste fixe en ZEP + Zone sensible dans un des collèges d'une ville dont seule l'évocation du nom suffit à faire trembler le professeur le plus aguerri. Je chiale. Au pot de fin d'année de mon collège de chihuahuas, la principale me prédit que tout va bien se passer et m'assure que j'ai la poigne nécessaire. Je n'en crois pas un mot.
Je préfère jeter un voile, que dis-je, une burka pudique sur l'été qui s'ensuivit. Par chance, l'arrivée de Fiston2 prévue en octobre me laisse quelques mois de sursis supplémentaires. J'assiste tout de même aux journées de pré-rentrée pour me familiariser avec mon nouveau cadre de travail préparer psychologiquement. Au volant de ma voiture, je découvre la ville en éprouvant une étrange sensation d'exotisme. Un ailleurs à deux pas de chez soi... Je souris devant mon ignorance.
La bonne humeur de mes futurs collègues me frappe ; ils n'ont pas l'air déprimé, ni même dépressif. Pire : ils se marrent. Ils sont fous ! C'est parce qu'il n'y a pas encore d'élèves, me dis-je, ils feront moins les malins dans quelques jours
Je ne saurais expliquer pourquoi, mais c'est avec un certain plaisir que je reprends en janvier le chemin du collège, en mode fierté du soldat envoyé au front pour sauver son pays (rien que ça !). Mon défi : enseigner en ZEP.
Ce jour là, je dois accompagner une classe à un forum des métiers. Je prends l'air dégagé, mais je n'en mène pas large. Je découvre Mohamed, Fadel, Safia, Asmahène, Faïçal, Cibelle, Karim, Dalale, Mohamed, Samia, Salahdine, Liliana, Cindy, Aïda, Célia, Betty, Mathias, Malika, Emilie, O'Neal, Hawa, Marine, Mylène et Wetsi. Dans le bus de ville, une ambiance bon enfant règne. Les garçons ont certes un look "banlieue", mais ils sont calmes ; les filles sont ravissantes et souriantes, et elles m'abordent très aimablement pour faire ma connaissance. Je les observe en douce, et je ressens tout d'un coup un immense respect envers ces jeunes. C'est le coup de foudre (comme tout coup de foudre, il sera suivi plus tard de quelques désillusions, mais pour l'heure, j'ai une farouche envie de les connaître).

Comme quoi, si je puis me permettre, il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu d'Allah pour des canards sauvages.

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