Ilyes a une tête de bandit, mais il a davantage l’air "couillon" que méchant. Son langage doit se résumer à environ deux ou trois cent mots de vocabulaire. Parmi ces deux ou trois cent mots, il m'en réserve à chaque cours une petite cinquantaine. Il a une expression de prédilection, c'est : « Ta gueule », qu’il balance à qui lui adresse la parole. C’est sa majuscule à lui. « Ta gueule, mon frère, nique ta race ». « Ta gueule, sale arabe » (il s’appelle Ilyes), « Ta gueule bouffon, chais pas tu veux quoi ».
   Ce matin, il semble particulièrement remonté contre Mamadou ; au beau milieu de mon cours sur Chostakovitch, il l’interpelle : « J’vais t’enculer, tu vas être choqué ! » (tiens, il a oublié sa majuscule). Je m’arrête net et lui demande s’il réalise ce qu’il vient de dire. Il me dit que c’est une façon de parler, qu’ils se parlent comme ça entre eux. Je lui dis qu’il n’est pas dans son square, que son langage avec ses copains ne me regarde pas, mais que ce n’est pas adapté à la vie en société, qu’on est en classe et que la classe, c’est une micro société. Sa bouche béate me signifie qu’il n’a pas compris mon discours. Ses prochaines paroles me donnent raison : « Ta gueule, on dirait chuis l’seul à parler ».

Pffftttt... (soupir de découragement)

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