Un collège chaud bouillant des Yvelines, cours de musique, jeudi 11h30-12h30, classe de 6° (oui, de 6°)

Les élèves, tels des lièvres en rut en Mongolie du Sud, entrent avec pertes et fracas dans la salle. Je ne fais pas l'appel, j'essaie de vérifier grosso-modo que Abdellah, Hakim, Melek, Mickaël, Hamed (j'oubliais : celui-ci s'est fait virer car il a enflammé un torchon imbibé de white spirit en plein cours d'arts plastiques), Karim, Anaïs, Fatimata, Fatoumata, Stéphane, Marina, Borivann, Sikhou et Diako sont là, mais c'est difficile car ils bougent tout le temps !
Un élève : Eh M’dam', keskonfé aujourd'hui ? Pas de la flûte j'espère, car c'est le Ramadan et quand c'est le Ramadan, on n'a pas le droit de porter quelque chose à sa bouche.
La prof : Et quand tu fumes, tu portes bien quelque chose à ta bouche n'est-ce-pas ? L'élève : Ouais zyva ! Eh Madame, ça s'fait pas ! Keske vous en savez si j'fume ? Eh j'fume pas moi Madame, j'aime pas qu'on m'insulte !
La prof : En tout cas, tu m'apporteras un mot de tes parents qui te dispense de jouer de la flûte pendant le Ramadan. Le relou : Ouais zyva ! Mon père si j'lui demande de faire un mot, il va me le faire pour toute l'année, il trouve ça débile la flûte, ça sert à rien. La prof : Tu m'apportes un mot juste pour le Ramadan, ça suffira. Le chieur : Ouais zyva ! Mon père y sait même pas écrire !
Un autre élève : Eh, Madame, vous z'avez pas maigri ? Vous faîtes un régime ? Silence de la prof. Le même : Ouais parce qu’au début de l'année, quand vous êtes arrivée, vous étiez obèse (faut pas exagérer, je viens juste d'accoucher Ducon).
Deux élèves entre eux, dans une conversation dont j'entends des bribes : Ouais bouffon, t'as qu'à l'niquer, mais t'es trop carotte, on t'souffle dessus, tu t'envoles comme une poussière connard.
Je sors mon alto, apporté pour leur montrer un instrument de la famille des cordes frottées. Diako (sérieusement) : Eh Madame, ça marche avec des piles ? Toute la classe : Ouououhhhh ! Il est trop carotte le pauvre ! Diako (encore plus sérieusement) : Ben quoi, le piano, il marche bien avec des piles ! Je continue la démonstration et leur parle du luthier Stradivarius et du prix de ses instruments. Jimmy : Non mais franchement, Madame, sans blague, si on vous dit "Je vous offre une maison ou je vous offre un Stradivarius", vous, vous choisserez quoi ? Faut être malade grave pour mettre autant de thune dans un violon !
La prof : Abdellah, arrête de taper sur le gong, retourne à ta place ! Abdellah : Eh Madame, j'ai rien fait, je vais juste jeter un papier à la poubelle et ça y est, tout d'suite, c'est ma faute.
La prof, fatiguée : BON-ALORS-MAINTENANT-VOUS-ALLEZ-M'ECOUTER-SINON-J'EN-PRENDS-UN-ET-JE-LUI-FAIS-AVALER-SA-FLUTE-PAR-LES-TROUS-DE-NEZ ! La classe, intriguée : Ouais, carotte ! Un élève ose : Eh, vous zavez pas l'droit Madame !
L’œil sur la trotteuse de leur montre pour faire le compte à rebours des 5 dernières secondes, les élèves sont prêts à bondir telle une horde de Français le jour des résultats du Brexit.
Drrriiiinnnggg !

Un quart de seconde plus tard, la salle est dévastée (moi aussi), mais vide (moi aussi)...

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