Ce matin, en plein cours, une élève sort son téléphone de la poche arrière de son jean pour lire ses messages. Quand je lui demande pourquoi elle regarde son téléphone, elle me répond : C'est pas ma faute, j'ai la fesse qui arrête pas de vibrer. Fou rire général (moi compris). Je lui demande de poser le téléphone sur mon bureau. À partir de ce moment là, mon bureau vibre toutes les 30 secondes : pas moins de 18 Snapchat, un appel vocal et un SMS ponctuent mon cours façon "concerto en mode vibreur". Je me demande bien ce que des gamins de douze ans ont de si urgent à se dire à 10 heures du matin...
   Le téléphone vibre à nouveau : appel vocal. Cette fois-ci, je n'y résiste pas, je décroche, en demandant auparavant à la classe de se taire.
Je tente un timide : Allo ?
Et là, mais alors là...
Une voix hurlante et gueularde m'accueille de sa douce mélopée : T'es qu'une grosse PPPute, nan mais j'te jure t'es qu'une grosse SSSalope, zarma c'est pas possible grosse PPPute. T'as vu t'as fait quoi ? Zarma j'te jure grosse PPPute. J'te signale que si N. et A. y z'ont cassé c'est à cause de toi grosse PPPute. Alors t'es contente maintenant, hein, t'es contente grosse PPPute ? T'as foutu ta merde mais tu vas voir grosse SSSalope zarma comment on va te niquer. T'es vraiment une PPPute !

   Craignant une crise d'apoplexie chez mon correspondant tant il (elle ?) hurle et s'agite (il radote aussi, et à son âge, c'est pas bon...), j'essaie en vain d'en placer une, mais c'est impossible. Quand, enfin, mon interlocuteur entend que non, je ne suis pas une grosse pute, il n'est pas du tout de cet avis et me le fait comprendre bruyamment. Profitant d'un semblant de respiration, je réitère mon opinion : Je vous assure, je ne suis pas une grosse pute, je suis le professeur de J., et J. est en cours de musique en ce moment.

Bip... bip... bip... bip...

Il a raccroché !
Rhhôôô... ces jeunes alors, on ne peut plus rien leur dire, de nos jours.

Vibreur