Quelques années après le fameux entretien d'embauche, CAPES en poche, me voilà nommée remplaçante dans l'académie de Versailles (j'avais demandé Bordeaux, Poitiers, Nantes, Rennes et la Martinique...). Le statut de remplaçant donne le "privilège" de recevoir chaque année une nouvelle affectation sur un, deux ou trois collèges en même temps. Cette année là, je suis nommée sur deux établissements, un très tranquille et un très difficile (le pire que j'aie jamais connu). Pour autant, ce dernier n'est pas classé en ZEP, va savoir pourquoi.
Un matin, en arrivant dans le collège difficile, j'apprends qu'il y a eu en quelques jours :
- Un pare-brise de voiture brisé (pas le mien, ouf !), un autoradio piqué (pas le mien, ouf !).
- Des élèves qui ont lancé des fumigènes dans les couloirs après la récréation de 10H30 (impossible de monter dans les classes).
- Une jeune collègue de 22 ans qui a affiché une lettre de démission de 4 pages en salle des profs pour dire combien elle nous admirait de faire ce boulot, mais que c'en était trop pour elle (à sa décharge, elle s'était reçue un pot de yaourt sur la tronche en plein cours).
- Une élève de 6ème qui s'est fait voler les clés de chez elle pendant le cours de sport. Le lendemain, sa maison est cambriolée (mais les parents n'osent pas porter plainte de peur des représailles...).
- Et pour couronner le tout, un élève qui, après avoir craché sur un professeur, a été exclu... avec sursis (même pas une petite heure de colle) !
J'en reste coite. Devant ma mine déconfite, une collègue me conseille de garer ma voiture avec le pare-brise arrière face à la cour "comme ça, si les élèves te l'abîment, tu pourras repartir, alors que si c'est le pare-brise avant, tu n'y verras plus rien !".
Waï (c'est mon cri de guerre) !
Je respire un grand coup, et monte dans ma salle ; un élève de 3° m'accueille en me demandant si je fais une dépression, histoire de me tester (je l'ai juste dé-testé).
Après 4 heures de cours harassantes, je m'effondre en larmes dans ma voiture en quittant l'établissement.

Pfffiouttt... On n'est pas rendu comme dirait l'autre.

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