Je ne connais pas encore Stacy, elle est nouvelle dans l'établissement. Pour le premier cours de musique, j'ai le son avant l'image : son rire de hyène parvient à mes oreilles avant même qu’elle ne pénètre dans la salle. Et l’image est à l'avenant : à vue de nez, 1,73 m, 80 kilos, et du… disons, 95 D. De quoi impressionner. Un but dans la vie : se faire remarquer. Dès l’entrée en classe, elle m’interpelle : M’dame, j’peux être à côté de Brittany ? À ma réponse négative, elle se manifeste un peu plus : Wesh, M’dame, ça s’fait pas, vous êtes une gamine. Je laisse pisser le mérinos, comme on disait au XIXe siècle. Elle sape les 55 minutes de mon cours et vient réitérer sa demande à la sonnerie. Je lui réitère ma réponse et devant mon inflexibilité, elle me lance un : Puisque c’est ça, j’m’en fous, j’travaillerai pas. Et elle s’en va. Le mérinos pisse une deuxième fois.
   Le vendredi suivant, elle entre dans mon cours, animée du même but, sauf qu’elle a une revanche à prendre ; je n’ai pas voulu la changer de place, et elle est bien décidée à me le faire payer. "C’est quoi ces vieux cours pourris", "J’m’en bats les couilles", "Y'a pas de brevet musique à la fin de l’année", "Elle a pas intérêt à me dégouter de la musique, j’adore ça", etc. Elle sape les 55 minutes de mon cours.
   Trop, c’est trop. Mot dans le carnet. Le soir même, vers 20h, j’appelle sa mère qui semble soulagée de me parler : Ah, Madame, je ne décolère pas contre Stacy depuis que j’ai lu votre mot dans le carnet et bla bla bla et bla bla bla. Très bien la mère. Une semaine plus tard, Stacy est transformée. Elle essaie bien de prouver qu’elle est toujours là en se levant pour regarder par la fenêtre, mais je fais mine de ne pas la voir. Ses facilités en chant lui permettent d’obtenir la note de 18/20, elle est aux anges.

Le bonheur ? Simple comme un coup de fil !

Stacy