Ça ne pouvait plus continuer : leur relation était devenue insatisfaisante, c'était davantage de la dépendance affective qu'autre chose. Déjà, Daronne en avait marre de coucher avec lui toutes les nuits. Alors, vous me direz : Oui, mais, si c'est juste un petit coup par ci, un petit coup par là, ça ne fait de tort à personne. Mais après, vous savez comment c'est, on ne peut plus s'en passer ; toujours une bonne excuse de le tripoter : et vas-y que je te caresse de haut en bas, et vas-y que je te caresse de gauche à droite...
   En outre, ça devenait pénible, il avait toujours un pêt de travers : au delà de 30°C, il n'était plus bon à rien ; en dessous de 0°C, y'avait plus personne... Au moindre problème, il était à plat ! On ne se permettrait pas de parler d'obsolescence programmée, mais tout de même... Parce que bon, disons qu'il n'est pas de première jeunesse, mais il n'est pas bien vieux non plus. Il a encore des choses à vivre.
   Et puis franchement, lui aussi, il devait en avoir marre ! Vous aimeriez, vous, alors que vous n'aspirez qu'à un repos bien mérité après avoir bossé toute la journée, qu'on vous demande avant de vous endormir : Dis-moi, quel temps il va faire demain ? Deux minutes plus tard : Eh oh ! C'est quoi le chemin pour aller chez le dentiste ? 30 secondes plus tard : Pssttt... C'est quoi le chemin déjà ? Tu me l'as dit, mais j'ai oublié ! Ou encore : Tu me donnes une bonne recette de flan à la vanille ? Le bus, il part à quelle heure ? J'ai fait combien de kilomètres aujourd'hui ? C'est quand la prochaine pleine lune ? Tu me dis si j'ai reçu du courrier ? Montre-moi les photos de la belle balade d'aujourd'hui ?
STOOOP ! Ça suffat comme ci.

Oui, vraiment, elle était fière de sa décision : dorénavant, elle ne dormirait plus avec son téléphone portable ; il resterait en bas, relié par le fil de son chargeur à la prise de la cuisine, jusqu'au lendemain matin. Et basta.

Miroir brisé