Bordeaux, quelques jours après Noël. Elle devait s'arrêter chez une amie du lycée pour une courte halte, le temps d'un déjeuner sur la route des vacances ; l'ambiance promettait d'être festive, mais les retrouvailles furent quelque peu chamboulées...
   La faute à pas de chance, le mauvais endroit, le mauvais moment, la fatalité : il tombit et il disparaissa. Le mince trou par lequel il avait glissé malencontreusement, entre le bitume et le trottoir, laissait peu de chance de le revoir. Il allait se noyer ! Daronne cria et pleura instantanément ; elle l'imaginait flottant au gré de l'eau, pris dans le tumulte boueux de la Garonne...
   Essayant de faire bonne figure, elle prit place à table -son amie avait tout si gentiment préparé- mais ne put rien avaler. Fiston2, qui avait assisté à la scène, était choqué lui aussi. Fiston1, toujours en retrait, n'aimait pas montrer ses sentiments. Quant à Filloute, en bonne observatrice, elle avait compris que ce n'était pas le moment de se faire remarquer ; elle ne pipait mot.
   À la fin du repas, la maîtresse de maison s'adressa à Daronne : Quand même, je t'ai connue plus déterminée que ça. Ça m'étonne que tu n'aies rien fait pour agir. Elle avait raison. Daronne recouvrit enfin la parole et dit aux fistons : Allez les garçons, foncez. Elle préféra les laisser s'impliquer seuls dans le sauvetage. Filloute fut priée de rester à l'intérieur : il faisait froid dehors et, en plus d'être dangereuse, l'opération risquait de prendre du temps.
   Préférant changer de sujet, Daronne engagea la conversation avec son amie. Les occasions étaient si rares de se retrouver ! Elles parlaient de tout et de rien quand soudain Fiston2, tout mouillé et maculé de noir, fit irruption dans le salon en criant : On l'a retrouvé !
Dans les yeux azur de Daronne, modestes témoins du regard vif et intelligent qui la caractérise et dont la profondeur n'a d'égale que la beauté de son âme, la colère et la haine cédèrent la place à la fierté. Comment diable avaient-ils réussi cette prouesse ? De concert, les deux frérots racontèrent : On a réussi à démonter la bouche d'égout juste avec la force des doigts, et j'ai plongé mon bras. Il était posé au fond de l'eau, à environ 50 cm de profondeur et on l'a récupéré. Bon, il est mort, mais on va essayer de le mettre dans un sachet de riz pour absorber l'eau qui s'est infiltrée.
Peu importe qu'il ne fonctionna plus, tout ce qui leur importait à ce moment précis, c'est qu'on ait retrouvé le corps. Ils allaient pouvoir faire leur deuil, enfin.
Resurrected-IPhone

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